Le 17 mai 1997, alors que les troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), conduites par Laurent-Désiré Kabila, entraient dans Kinshasa, Mobutu avait déjà quitté la capitale. Il ne devait plus jamais y revenir. Affaibli par la maladie et progressivement abandonné par une partie de son entourage, l’ancien chef de l’Etat s’était réfugié au Maroc, où il est mort à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer de la prostate.
Ses obsèques se sont déroulées dans la discrétion à Rabat, où il a été inhumé. Vingt-neuf ans après sa mort, sa dépouille repose toujours au Maroc.
Une dépouille toujours au Maroc
Le rapatriement de la dépouille de Mobutu est régulièrement revenu dans le débat public congolais. Sous la présidence de Joseph Kabila, les autorités s’étaient déclarées favorables à un retour de l’ancien dirigeant en République démocratique du Congo. Le projet n’avait toutefois pas abouti, notamment en raison de désaccords au sein de la famille biologique sur les modalités de ce rapatriement.
Depuis son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a également évoqué la possibilité de voir la dépouille de l’ancien président revenir au pays. La question reste néanmoins conditionnée à un accord au sein de la famille Mobutu.
Un pouvoir construit autour d’un homme
Arrivé au pouvoir en 1965, Mobutu avait progressivement construit un système politique fortement centralisé autour de sa personne. Président fondateur du Mouvement populaire de la révolution (MPR), devenu parti unique, il avait fait de la personnalisation du pouvoir l’un des ressorts essentiels de son régime.
Dans la propagande officielle, le chef de l’Etat était notamment présenté comme le « Grand Léopard », « l’Unificateur », « le Pacificateur » ou encore « le Rassembleur ». Son image occupait une place centrale dans l’espace public zaïrois, tandis que le régime se caractérisait par l’autoritarisme, la concentration du pouvoir et la répression de l’opposition.
Le bilan des trente-deux années de règne reste, lui aussi, profondément contrasté. Pour ses détracteurs, la période Mobutu est indissociable de la confiscation du pouvoir, de la corruption et de l’affaiblissement progressif des institutions de l’Etat. Pour d’autres Congolais, elle renvoie aussi à une époque où l’unité territoriale et nationale était présentée comme une priorité du pouvoir.
Cette mémoire peut encore prendre une dimension personnelle, comme l’illustre le témoignage d’une étudiante camerounaise de l’Université de Kinshasa, qui évoquait l’ancien dirigeant en ces termes : « Vous aviez un président qui avait l’éloquence, la corpulence et l’élégance ».
Une mémoire toujours disputée
Vingt-neuf ans après sa disparition, Mobutu Sese Seko demeure une figure incontournable de l’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo. Sa tombe, à Rabat, rappelle le destin d’un homme qui a dirigé le pays pendant plus de trois décennies avant de mourir loin de la terre qu’il avait gouvernée.
Mort en exil quelques mois après la chute de son régime, l’ancien homme fort du Zaïre continue de susciter des appréciations contradictoires. Son héritage se situe ainsi au croisement de deux mémoires : celle d’un régime autoritaire, marqué par la concentration du pouvoir et les dérives de la gouvernance, et celle, plus nostalgique, d’une époque que certains associent encore à une certaine idée de l’unité nationale.
Gloire MALUMBA

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