L’ampleur de l’épidémie de maladie à virus Ebola de Bundibugyo continue de susciter l’inquiétude des autorités sanitaires africaines. La République démocratique du Congo concentre l’essentiel des contaminations et des décès recensés sur le continent, alors que les efforts pour contenir la propagation du virus se heurtent à plusieurs difficultés opérationnelles.
S’exprimant jeudi 5 novembre à Addis-Abeba, en Éthiopie, le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), le Dr Jean Kaseya, a communiqué un bilan continental de 10 699 cas confirmés et 5 202 décès.
La RDC comptabilise à elle seule 10 668 cas et 5 198 décès, selon les chiffres présentés par le responsable de l’agence sanitaire africaine. Les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), publiées le même jour et arrêtées au 3 novembre, confirment également l’ampleur du bilan congolais.
En RDC, la maladie s’est propagée dans 67 zones de santé réparties à travers huit provinces. Parmi elles, 51 connaissent encore une transmission active, selon les données communiquées par Africa CDC.
L’Ituri et le Nord-Kivu demeurent les principaux foyers de contamination. Ces deux provinces concentrent à elles seules plus de 94 % des cas enregistrés dans le pays.
D’après le dernier bilan détaillé de l’ECDC, l’Ituri totalise 7 485 cas confirmés et 3 532 décès, tandis que le Nord-Kivu enregistre 2 593 cas et 1 422 décès. Cette concentration géographique témoigne de la pression particulièrement importante exercée sur les dispositifs sanitaires dans l’est du pays.
Une surveillance épidémiologique fragilisée
Après 174 jours depuis la déclaration de l’épidémie, l’ampleur de la flambée de Bundibugyo dépasse largement celle observée lors de précédentes épidémies d’Ebola, selon Africa CDC.
L’une des principales difficultés réside dans l’identification des personnes exposées au virus. Plus de 85 % des nouveaux cas concerneraient des personnes qui ne figuraient pas sur les listes de contacts établies par les équipes de surveillance, d’après les données présentées par Jean Kaseya.
À cette difficulté s’ajoute la proportion élevée de décès survenant en dehors des structures sanitaires. Environ 63 % des personnes décédées succombent à la maladie dans les communautés, avant leur prise en charge dans les centres de traitement.
Cette situation réduit les possibilités de détection précoce des infections et complique le suivi des personnes exposées. Elle favorise également la persistance des chaînes de transmission, notamment lorsque les cas suspects ne sont pas rapidement signalés aux équipes sanitaires.
Les financements promis tardent à arriver
Les difficultés de la riposte ne sont pas uniquement sanitaires. Elles sont également financières. Selon les données évoquées par Africa CDC, sur près de 3 milliards de dollars américains annoncés par les partenaires et les bailleurs, seulement environ un tiers aurait été effectivement décaissé.
Ce décalage entre les engagements financiers et les ressources réellement disponibles risque de ralentir plusieurs interventions essentielles sur le terrain. Il concerne notamment la surveillance épidémiologique, la prise en charge des malades, le dépistage, le suivi des contacts et les activités de sensibilisation communautaire.
Début novembre, le directeur général d’Africa CDC avait déjà dénoncé les retards dans le décaissement des contributions annoncées, appelant les partenaires à transformer leurs engagements en moyens opérationnels pour soutenir les interventions sanitaires.
Dans l’Est du pays, la confiance des communautés en question
En Ituri et au Nord-Kivu, où se concentre l’essentiel des contaminations, les équipes de riposte doivent également composer avec un environnement difficile. L’insécurité, les déplacements de populations, la mobilité communautaire et la méfiance envers certaines interventions sanitaires constituent autant d’obstacles à la maîtrise de l’épidémie.
Dans ce contexte, la lutte contre la propagation du virus repose aussi sur l’implication des communautés. La détection précoce des symptômes, le signalement rapide des cas suspects, le suivi des personnes ayant été en contact avec des malades et le respect des mesures de prévention, notamment lors des funérailles, demeurent essentiels.
Alors que le bilan continue de s’alourdir, les autorités sanitaires congolaises et leurs partenaires font face à un double impératif : renforcer les capacités opérationnelles de la riposte et rétablir la confiance des populations. Deux conditions indispensables pour interrompre les chaînes de transmission et espérer inverser la tendance de cette épidémie particulièrement meurtrière.
MKG

29°C


Commentaires (0)
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à commenter!