Les minerais « 3T » et l’or au cœur de la stratégie
Selon le rapport onusien, l’AFC/M23 conserve le contrôle des principales zones d’extraction des minerais dits « 3T » — étain, tantale et tungstène — autour de Lumbishi, Numbi et Nyabibwe, dans le territoire de Kalehe. Le 21 septembre, le groupe armé s’est également emparé de Nzibira, un centre névralgique du commerce des minerais situé dans le territoire de Walungu. Cette localité constitue un point de transit majeur pour la cassitérite et le coltan en provenance du territoire de Shabunda, notamment des sites miniers de Nzovu.
Cette expansion a un impact significatif sur la production régionale. D’après les experts, près de la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu, ainsi que plus des deux tiers de la production de wolframite, proviendraient désormais de zones passées sous contrôle de l’AFC/M23.
L’or, entre zones loyalistes et territoires occupés
L’essentiel de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or dans le Sud-Kivu demeure concentré dans les territoires de Shabunda, Mwenga et Fizi, sous contrôle des Forces armées de la RDC (FARDC) et des groupes Wazalendo. Toutefois, trois sites aurifères majeurs se trouvent dans des zones contrôlées par l’AFC/M23 : un vaste site d’exploitation artisanale à Luhihi (territoire de Kabare), la mine industrielle de Twangiza (territoire de Mwenga) et une exploitation semi-mécanisée située près de Karhembu, dans le territoire de Walungu.
« Luhihi : un contrôle de facto sur l’exploitation artisanale»
L’exploitation artisanale de l’or s’est intensifiée à Luhihi après la découverte, en janvier 2025, de riches gisements sur le site de Lomera. Des images satellites confirment une expansion rapide des activités minières, accompagnée de la mise en place de nouvelles infrastructures.
Selon des sources locales citées par l’ONU, plus de 5 000 creuseurs artisanaux auraient travaillé sur le site au cours du premier semestre 2025, exploitant plusieurs centaines de puits. Après la prise de contrôle de la zone à la mi-février, l’AFC/M23 y a instauré une autorité de fait, remplaçant les services étatiques par un « bureau minier » placé sous son contrôle. Une taxe de production équivalente à 30 % du prix de vente du minerai à la sortie de la mine a été imposée, en plus d’autres prélèvements affectant les différents acteurs du secteur.
Le 30 août, l’AFC/M23 a néanmoins suspendu les activités minières à Lomera, invoquant des tensions liées à l’exploitation non réglementée et à ses propres pratiques de recherche de rente. Le mouvement a promis une reprise des activités après l’enregistrement des creuseurs artisanaux, mais les retards observés ont nourri les soupçons d’un basculement vers une exploitation semi-mécanisée.
« Twangiza, un site stratégique sous haute tension»
Le 8 mai 2025, l’AFC/M23 a pris le contrôle de la mine d’or industrielle à ciel ouvert de Twangiza, située dans la chefferie de Luhwindja (territoire de Mwenga) et exploitée par la société Twangiza Mining SA. Bien que la mine ait cessé ses exportations à la fin de l’année précédente, elle demeure stratégique en raison de ses importantes installations de transformation, uniques dans les Kivus pour une mine industrielle d’or.
Des images satellites à haute résolution révèlent une activité soutenue entre mai et septembre, notamment des travaux de réhabilitation des routes et des infrastructures. Plus d’une douzaine de véhicules lourds ont été observés sur le site. Les 15 et 23 octobre 2025, les FARDC ont mené des frappes aériennes visant à empêcher la remise en service de la mine, endommageant les installations électriques et détruisant des réservoirs de carburant ainsi qu’une partie de l’usine de transformation.
Twangiza Mining SA a dénoncé publiquement un « pillage et une destruction systématiques d’actifs industriels et environnementaux » imputés à l’AFC/M23, évoquant un « soutien actif » de la FDR. Ces accusations ont été rejetées par le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, qui affirme que la mine était inactive et que le mouvement ne dispose ni des compétences ni des moyens nécessaires pour exploiter un site industriel de cette envergure.
Un soutien militaire constant dans le Sud-Kivu
Le rapport souligne également que l’AFC/M23 et la FDR continuent d’apporter un soutien militaire déterminant aux enclaves contrôlées par le Mouvement des républicains pour la dignité des peuples (MRDP)-Twirwaneho dans les Hauts Plateaux. Des renforts ont été déployés malgré la pression exercée par les FARDC, la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les groupes Wazalendo.
Depuis la fin du mois d’avril, des mouvements de troupes ont été signalés dans plusieurs localités stratégiques, notamment Kamanyola, Katogota, Nyangezi, Luhwindja et Kaziba, y compris des convois ayant traversé la frontière rwandaise. Ces déploiements auraient permis au groupe armé de sécuriser des couloirs de transit et des centres clés du commerce minier, tout en soutenant des opérations s’étendant de la plaine de la Ruzizi aux Hauts Plateaux.
Les experts estiment que les avancées enregistrées entre septembre et octobre — notamment la prise de Nzibira, Luntukulu, Chulwe et Lubimbe — traduisent une volonté de s’emparer des principaux nœuds logistiques reliant Walungu, Shabunda et Mwenga, ainsi que des pistes d’atterrissage et des routes essentielles au trafic minier. Face à cette progression, la coalition FARDC-Wazalendo-FDNB continue d’opposer une résistance sur plusieurs fronts. Les tentatives d’avancée de l’AFC/M23 vers Uvira ont notamment été contenues par les positions défensives des FARDC et de l’armée burundaise dans la plaine de la Ruzizi.
Rédaction

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