L’organisation met en cause plusieurs maillons de cette chaîne d’approvisionnement : des entreprises rwandaises chargées de l’exportation du minerai, des fonderies chinoises qui assurent sa transformation, ainsi que de grandes multinationales du secteur technologique et électronique, parmi lesquelles Microsoft, Apple, Amazon et Sony, situées en bout de chaîne.
Selon Global Witness, les mécanismes internationaux de traçabilité censés garantir un approvisionnement exempt de minerais issus de conflits n’ont pas rempli leur mission. Les enquêteurs estiment au contraire que ces dispositifs ont, dans certains cas, contribué à « blanchir » l’origine du coltan provenant des zones sous contrôle rebelle.
Interrogé par RFI, Alex Kopp, chercheur au sein de l’ONG, déplore le manque de volonté des entreprises de rompre avec des fournisseurs impliqués dans le commerce de minerais liés aux conflits.
« Les systèmes de diligence raisonnable devraient exclure les entreprises qui ne respectent pas leurs règles et qui fournissent des minerais liés aux conflits. Pourtant, depuis plus de vingt-cinq ans, nous observons que les mêmes acteurs continuent d’être intégrés aux chaînes d’approvisionnement. Il semble y avoir très peu de volonté de prendre les mesures nécessaires », affirme-t-il.
Le chercheur appelle également à une réaction plus ferme de la communauté internationale à l’égard du Rwanda, qu’il considère comme un acteur central dans le trafic de minerais issus des zones de conflit.
« Nous recommandons notamment la suspension des exportations de matériel militaire vers le Rwanda, le conditionnement de toute aide publique au développement à l’arrêt du soutien rwandais au M23, ainsi que des sanctions ciblées contre les commandants du M23, les hauts responsables rwandais et les entreprises qui tirent profit des ressources issues du conflit », poursuit-il.
Le rapport rappelle par ailleurs que l’AFC/M23 tirerait près de 800 000 dollars de revenus mensuels du commerce du coltan, selon des estimations des Nations unies.
Pour Alex Kopp, priver le mouvement rebelle de cette source de financement aurait un impact significatif sur ses capacités opérationnelles. Toutefois, il estime que la résolution durable de la crise ne peut être uniquement militaire.
« Le coltan constitue une source de revenus essentielle pour le M23. Couper cette filière aurait certainement des conséquences. Mais, au final, la solution ne se trouve pas uniquement sur le terrain militaire : elle passe avant tout par des processus de paix et de médiation », conclut-il.
MKG

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