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SANTÉ

Lubero : toutes les zones de santé touchées par Ebola, la société civile dénonce l’échec de la riposte

La confirmation de six cas dans la zone de santé d’Alimbongo, jusque-là épargnée, porte à sept le nombre de zones de santé affectées dans le territoire de Lubero. Face à la propagation de l’épidémie, la société civile Forces Vives dénonce une gestion défaillante de la riposte, des détournements présumés de fonds et l’abandon des soignants sur le terrain.

La société civile locale de Lubero, dans la province du Nord-Kivu.
La société civile locale de Lubero, dans la province du Nord-Kivu.

La progression de la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo prend une nouvelle ampleur. Ce vendredi 2 octobre 2026, six cas ont été confirmés dans la zone de santé d’Alimbongo, jusqu’ici épargnée par la maladie. Cette nouvelle contamination porte à sept le nombre de zones de santé touchées dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, où la riposte sanitaire fait désormais l’objet de vives critiques.

Dans son analyse trimestrielle publiée le même jour, la Coordination territoriale de la société civile Forces Vives de Lubero tire la sonnette d’alarme. Elle dénonce une réponse jugée inefficace face à une épidémie apparue en mai 2026 et dont la propagation a dépassé les limites de l’Ituri, son foyer initial, pour atteindre plusieurs provinces, notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo. Le Grand Nord-Kivu figure désormais parmi les zones les plus préoccupantes.

À Lubero, aucune zone de santé n’est désormais épargnée. Musienene, Lubero, Manguredjipa, Biena, Masereka et Kayna ont été touchées avant qu’Alimbongo ne rejoigne cette liste. Dans cette dernière zone, les six cas confirmés ont déjà entraîné quatre décès, tandis que deux patients sont actuellement sous traitement. Kayna a également enregistré deux nouveaux cas, dans un contexte où l’insécurité et les contraintes géographiques compliquent les interventions sanitaires.

Mais au-delà de l’évolution de la maladie, c’est surtout la gestion des moyens mobilisés pour y faire face qui suscite l’indignation de la société civile. Alors que le Trésor public et les partenaires internationaux ont débloqué d’importants financements pour soutenir la riposte, les retombées de ces ressources resteraient, selon elle, largement invisibles sur le terrain.

Les professionnels de santé et les équipes de première ligne seraient contraints de travailler sans rémunération, parfois sans kits médicaux ni équipements de protection adaptés. Les établissements scolaires et les infrastructures destinées à soutenir la lutte contre Ebola seraient également confrontés à un manque de moyens.

Le président de la Coordination territoriale, Muhindo Tafuteni Waleyirwe, dénonce une « grande légèreté du Gouvernement face à une population déjà meurtrie par la guerre ». Une accusation qui met en cause la capacité des autorités à répondre aux besoins des communautés exposées à la maladie.

La société civile s’attaque également à l’approche zonale, qui constitue le cadre officiel de la riposte. Elle estime que cette stratégie, présentée comme un mécanisme de coordination, ne produit pas les résultats attendus. Dans son analyse, elle la qualifie de « stratégie purement politique qui n’arrange rien » et l’accuse de favoriser un système propice aux détournements de fonds, en limitant les possibilités pour les partenaires de collaborer directement avec les structures sanitaires locales.

Pour la Coordination territoriale, un changement de méthode s’impose. Elle réclame un transfert direct des financements vers les zones de santé et les structures communautaires de base, afin que les ressources bénéficient en priorité aux équipes engagées dans la lutte contre l’épidémie.

Face à cette situation, la société civile formule quatre recommandations urgentes. Elle appelle d’abord le Gouvernement central à assumer pleinement ses responsabilités, en mobilisant des moyens conséquents et en mettant en place un contrôle mensuel rigoureux de leur utilisation. Elle exhorte ensuite les partenaires internationaux à accroître leurs investissements et à renforcer le suivi de leurs interventions sur le terrain.

Les services de sécurité sont, pour leur part, invités à protéger les Centres de traitement d’Ebola et à sanctionner les actes de résistance qui entravent les opérations sanitaires. Enfin, la population est appelée à s’impliquer davantage dans la riposte, en respectant les mesures barrières, en facilitant l’identification des contacts, en signalant les comportements de résistance et en luttant contre les rumeurs qui alimentent les idées reçues sur la maladie.

Alors que les sept zones de santé de Lubero sont désormais concernées, l’alerte de la société civile souligne l’urgence de renforcer les interventions sanitaires dans un territoire où la progression d’Ebola se heurte déjà aux conséquences de la guerre et aux difficultés d’accès aux populations.


Maua Grâce

LA REDACTION

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