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SÉCURITÉ

Nord et Sud-Kivu : l’AFC/M23 accusé d’installer un pouvoir coutumier parallèle dans les zones sous son contrôle

À l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), le conflit ne se limite plus aux affrontements armés. Un autre enjeu, plus discret mais tout aussi structurant, se dessine : celui du contrôle administratif et coutumier des territoires.

Les éléments du groupe rebelle de l'AFC-M23. ( Photo d'illustration).
Les éléments du groupe rebelle de l'AFC-M23. ( Photo d'illustration).

Dans un rapport publié en avril 2026, le Congo Research Group de l’Université de New York met en lumière une stratégie d’ancrage territorial menée par la rébellion de l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon cette étude, le mouvement aurait engagé une reconfiguration en profondeur des structures locales dans les zones qu’il contrôle.

Le document fait état du remplacement de plus d’une vingtaine de chefs traditionnels par des personnalités perçues comme proches de la rébellion. Au moins trois chefs de chefferie  le niveau le plus élevé de l’autorité coutumière auraient ainsi été démis de leurs fonctions.

Dans une région où les autorités coutumières jouent un rôle central dans la gestion foncière et la régulation des conflits communautaires, ces changements pourraient fragiliser davantage des équilibres déjà précaires. Le rapport souligne le risque de raviver des tensions anciennes, en opposant lignées et communautés autour de la légitimité du pouvoir.

Au-delà de ces remaniements, les chercheurs décrivent la mise en place progressive d’une administration parallèle. Des cadres politiques et administratifs auraient été désignés, appuyés par des structures de formation destinées à inscrire l’influence du mouvement dans la durée. Une approche qui, selon eux, dépasse le seul cadre militaire pour s’inscrire dans une logique de gouvernance.

L’étude évoque également une emprise accrue sur certaines ressources, notamment dans le secteur minier, ainsi que la création de circuits économiques alternatifs dans les zones concernées.

Cette gouvernance de fait se heurterait toutefois à plusieurs limites. Le mouvement ferait face à des difficultés de gestion, liées en particulier au manque de moyens financiers et à la prise en charge incomplète de certains cadres administratifs.

Contactée, la direction de l’AFC/M23 rejette ces conclusions, dénonçant un rapport « qui ne dit pas la vérité ». Cette réaction illustre la bataille narrative qui entoure le conflit dans l’est de la RDC, où les enjeux dépassent désormais le terrain militaire pour s’étendre à la légitimité politique et au contrôle des structures locales.

Pour de nombreux observateurs, cette évolution pourrait compliquer toute perspective de stabilisation. La recomposition des autorités coutumières et administratives risque en effet de laisser des fractures durables au sein des communautés, y compris en cas d’accalmie militaire.

Dans une région marquée par des décennies de violences, la question du pouvoir local apparaît ainsi comme l’un des enjeux les plus sensibles pour l’avenir de la paix dans l’est de la RDC.


MKG

LA REDACTION

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