Entre avril et octobre 2025, l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), appuyée de manière constante par la Force de défense rwandaise (FDR), a mené une campagne militaire coordonnée sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon les Nations unies et des sources humanitaires, plus de 300 civils ont été tués dans la seule chefferie de Bwito, dans le territoire de Rutshuru, depuis le début des opérations en avril, à la fois lors d’affrontements armés et d’exécutions ciblées.
Ces informations figurent dans un rapport daté du 30 décembre 2025, adressé au président du Conseil de sécurité par le Groupe d’experts des Nations unies sur la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Le document met en cause la FDR et l’AFC/M23 pour de graves violations des droits humains, notamment des exécutions sommaires, des arrestations et détentions arbitraires, ainsi que la destruction volontaire et l’incendie d’infrastructures civiles, y compris des habitations et des villages entiers. Ces violences ont entraîné d’importants déplacements de populations.
Selon le rapport, après la prise de Goma, l’AFC/M23 et la FDR ont concentré leurs efforts sur l’élimination des foyers de résistance locale. Dès avril 2025, des opérations offensives ont été lancées contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), principalement dans le territoire de Rutshuru. Progressivement, le dispositif militaire s’est étendu vers Masisi et Walikale, tandis que la présence de l’AFC/M23 était renforcée sur le front nord, dans le territoire de Lubero.
Ces opérations conjointes visaient officiellement à neutraliser les FDLR. Dans un premier temps, elles ont ciblé des factions de ce groupe armé, leurs alliés des Volontaires pour la défense du peuple (VDP/Wazalendo), ainsi que des éléments résiduels des Forces armées de la RDC (FARDC) opérant à Goma et dans ses environs, notamment dans la zone volcanique du Nyiragongo et du Nyamulagira.
Repoussés vers Rutshuru, les combattants des FDLR, appuyés par les VDP/Wazalendo, ont toutefois maintenu une pression militaire sur la FDR et l’AFC/M23, conservant un contrôle partiel dans les chefferies de Bwito et de Bwisha. Dans ces zones à majorité hutue, la stratégie militaire de la FDR et de l’AFC/M23 aurait consisté à cibler systématiquement les bastions réels ou présumés des FDLR.
Dans la chefferie de Bwito, à l’ouest de Rutshuru, des opérations coordonnées ont ainsi été lancées dès la fin avril et le début du mois de mai contre les FDLR et leurs alliés du Collectif des mouvements pour le changement/Forces de défense du peuple (CMC/FDP). Les combats se sont concentrés autour de Nyanzalé, Bukombo, Tongo et Bambo. De violents affrontements ont de nouveau éclaté en juillet, avant de reprendre à partir du mois d’octobre.
À partir de septembre, le Groupe d’experts a observé un redéploiement partiel des forces de la FDR vers d’autres lignes de front, notamment à Masisi. L’AFC/M23 a alors engagé sa « quatrième brigade », récemment constituée et composée en grande partie de nouvelles recrues, dont d’anciens membres des Wazalendo et des FARDC. Cette unité serait placée sous le commandement de Mapenzi, ancien chef de la Nduma défense du Congo-Rénové/Mapenzi (NDC-R/M), affiliée aux Wazalendo et ayant rejoint l’AFC/M23 en mars 2025.
Les affrontements ont été marqués par des combats terrestres intenses, mais également par des opérations systématiques de bouclage et de fouille menées par la FDR et l’AFC/M23. Selon le rapport, ces actions n’auraient pas visé uniquement les groupes armés, mais aussi des civils accusés de leur apporter un soutien, y compris des femmes et des enfants.
Enfin, le document souligne que l’AFC/M23 a fréquemment ordonné l’évacuation forcée de populations civiles, avertissant que toute personne demeurant dans les zones concernées serait considérée comme une cible. Plusieurs sites visés correspondent à des zones agricoles exploitées par les FDLR et des groupes affiliés, notamment dans et autour du parc national des Virunga, dans des localités comme Mozambique et Kazaroho, déjà touchées par des opérations similaires par le passé.
MKG

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