Plus de vingt ans après les faits qui lui sont reprochés, l’ex-chef de guerre congolais Roger Lumbala comparaît à ce mercredi 12 novembre devant la Cour d’assises de Paris pour complicité de crimes contre l’humanité. Les accusations portent égakement sur des violences commises dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) entre 2002 et 2003, notamment l’usage systématique du viol comme arme de
Ce procès s’inscrit dans le cadre de la compétence universelle, qui permet à la justice française de poursuivre les auteurs présumés de crimes graves, même lorsque ceux-ci ont été perpétrés hors du territoire national. Âgé de 67 ans, Roger Lumbala vivait en France depuis plusieurs années. Il avait obtenu le statut de réfugié en 2013, avant que celui-ci ne lui soit retiré en 2016. Il a été arrêté à Paris en décembre 2020 et est détenu depuis janvier 2021 à la prison de la Santé.
Ancien député et sénateur d’opposition à Kinshasa, Lumbala nie toujours les faits. Il assure n’avoir « jamais dirigé de troupes armées ». Ses avocats plaident pour son extradition vers la RDC, rappelant qu’une demande en ce sens avait déjà été formulée en 2013. Mais l’enquête judiciaire française, appuyée sur des témoignages, des archives et des photographies, le présente comme un chef de guerre actif. Des clichés le montrant en uniforme au milieu de combattants ont notamment été versés au dossier.
« Pillages, viols et exécutions sommaires »
Les exactions examinées lors du procès sont attribuées au Rassemblement des Congolais Démocrates-Nationaux (RCD-N), groupe rebelle dirigé par Lumbala dans les provinces de l’Ituri et du Haut-Uélé durant la deuxième guerre du Congo (1998-2003). Selon les juges d’instruction, le mouvement a mené des opérations marquées par des « exécutions sommaires, enlèvements, mutilations et viols », visant particulièrement les populations Nande et Twa.
« Les pillages, les viols et les exécutions sommaires ont servi d’instruments de guerre », soulignent-ils, évoquant un schéma organisé de violences systématiques contre les civils. L’objectif principal aurait été la prise de contrôle de zones riches en ressources naturelles, notamment diamantifères. Les juges affirment que Roger Lumbala se trouvait à la tête de forces combattantes, contrairement à ses dénégations.
Un procès observé de près, mais marqué par l’absence de témoins
Soutenu à l’époque par l’Ouganda, le RCD-N était l’un des nombreux groupes armés impliqués dans le conflit, opposé tantôt à des factions proches du pouvoir de Joseph Kabila, tantôt à des milices soutenues par le Rwanda. En 2002, l’une de ses offensives dans le nord-est de la RDC avait déclenché une flambée de violences contre les civils.
Environ trente victimes se sont constituées parties civiles dans la procédure, instruite par le pôle « crimes contre l’humanité » du parquet antiterroriste de Paris. Toutefois, plusieurs témoins ont renoncé à se présenter, par crainte de représailles ou en raison de la longueur du processus judiciaire.
L’est de la RDC reste marqué par près de trois décennies de conflits meurtriers, ayant fait des millions de morts et de déplacés. « Il s’agit du conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale », rappelle le gynécologue congolais Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018.
Selon les mêmes sources, Roger Lumbala encourt la réclusion criminelle à perpétuité. À Kinshasa, ses partisans ont manifesté ces derniers jours devant l’ambassade de France pour réclamer son retour en RDC, estimant qu’il devrait y être jugé.
Gloire MALUMBA.K

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