Dans une déclaration rendue publique le même jour, le médecin congolais estime que les mesures annoncées par le United States Department of the Treasury contribuent à modifier le rapport de force sur le terrain, mais qu’elles doivent s’accompagner d’initiatives diplomatiques coordonnées. Il exhorte notamment l’Union européenne et la Commission européenne, ainsi que plusieurs États membres, dont la France et la Pologne, à suspendre « sans plus tarder » leur coopération sécuritaire et militaire avec Kigali et à geler l’aide budgétaire directe accordée au pays.
« La communauté des États ne peut continuer à laisser le régime criminel de Kigali défier le droit international sans réaction sérieuse », déclare-t-il, appelant à mobiliser « une volonté politique forte » et à utiliser « tous les leviers disponibles, y compris en visant les plus hauts responsables », afin de favoriser une sortie de crise durable et de mettre fin à la catastrophe sécuritaire et humanitaire que traverse la population congolaise depuis des décennies.
Cette réaction intervient après l’annonce, le 2 mars, de sanctions prises par le département du Trésor américain contre les Rwanda Defence Force (RDF) et quatre officiers supérieurs, accusés d’implication dans l’instabilité persistante au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Pour le Prix Nobel, ces mesures pourraient accélérer un dénouement comparable à celui de la crise de 2012-2013, qui s’était conclue sous pression internationale.
Cependant, souligne-t-il, depuis novembre 2021, Kigali est accusé par Kinshasa et par des experts onusiens de soutenir la rébellion du M23 dans l’est congolais, ce que les autorités rwandaises contestent. Le Rwanda, pays largement dépendant de l’aide extérieure, demeure, selon lui, particulièrement vulnérable aux pressions diplomatiques et économiques. D’où l’appel à une action concertée visant à « isoler politiquement, diplomatiquement et économiquement le régime agresseur ».
Denis Mukwege plaide également pour l’application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien au M23 ainsi que le démantèlement des administrations parallèles établies dans les zones occupées.
Alors que les États-Unis demeurent le principal bailleur des missions onusiennes, il estime que les sanctions américaines devraient logiquement entraîner le retrait du Rwanda des contingents engagés dans les opérations de paix des Nations unies. « Il est inacceptable pour l’ONU d’employer une armée qui se distingue depuis trente ans dans la déstabilisation de la région des Grands Lacs », affirme-t-il, évoquant des violations graves du droit international humanitaire et des droits humains documentées par plusieurs rapports onusiens.
Enfin, pour le médecin congolais, seule une application rigoureuse du droit international permettra de restaurer durablement la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs africains.
Gloire MALUMBA.K

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