Aux côtés de la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, Guillaume Ngefa a passé en revue les principales réformes engagées depuis son arrivée au ministère, tout en reconnaissant la persistance de difficultés structurelles qui affectent le fonctionnement de l’appareil judiciaire.
Parmi les réformes mises en avant figurent la création du Tribunal pénal économique et financier, le projet de loi anticorruption, la réforme de la justice militaire, la modernisation de l’Inspection générale des services judiciaires et pénitentiaires, l’opérationnalisation de la profession notariale ainsi que la transformation numérique du secteur à travers le programme « Justice 2.0 ».
Dans la lutte contre l’impunité, la corruption et les spoliations, le ministre a indiqué avoir instauré un mécanisme permanent de suivi des injonctions, dans le respect de l’indépendance de la Justice. Il a également annoncé l’ouverture prochaine de procès publics concernant plusieurs dossiers liés au phénomène « Folio ».
Autre priorité affichée : réduire le désert judiciaire et rapprocher les juridictions des citoyens. Après la construction de nouvelles infrastructures, notamment à Lubumbashi, Demba et Kinshasa-Kalamu, le ministère entend poursuivre la réalisation de six complexes judiciaires à travers le pays.
Des prisons toujours sous pression
La situation pénitentiaire demeure toutefois l’un des principaux points de préoccupation. Surpopulation, alimentation insuffisante, accès aux soins et conditions d’hygiène restent problématiques, malgré les mesures de désengorgement, les libérations conditionnelles, les transferts de détenus et les projets de réhabilitation engagés.
« La privation de liberté ne doit jamais devenir une privation de dignité », a insisté Guillaume Ngefa.
Le ministre a également pointé la faiblesse des moyens financiers consacrés à la Justice. Avec un budget d’environ 50 millions de dollars pour un pays de plus de 100 millions d’habitants, le secteur reste, selon lui, largement sous-financé. Il plaide ainsi pour un financement plus important, durable et prévisible, indispensable à la mise en œuvre des réformes.
La diplomatie judiciaire mise à contribution
Sur le plan international, Guillaume Ngefa a présenté la diplomatie judiciaire comme un instrument de défense des intérêts de la RDC et de lutte contre l’impunité. Il a notamment évoqué la requête introduite par Kinshasa contre Kigali devant la Cour internationale de Justice (CIJ), le 26 juin 2026, ainsi que le renforcement de la coopération avec la Cour pénale internationale (CPI) et plusieurs États.
Le ministre a assuré que les personnes responsables de crimes commis en RDC dans le contexte du conflit dans l’Est devront répondre de leurs actes, y compris les ressortissants étrangers lorsque leur responsabilité sera établie. Il a également évoqué la possibilité d’engager, lorsque les conditions juridiques sont réunies, la responsabilité des supérieurs hiérarchiques et des responsables du commandement.
« Il ne doit y avoir ni sanctuaire ni impunité pour les auteurs et responsables de crimes graves commis sur le territoire congolais », a-t-il déclaré.
Interrogé par des étudiants présents dans la salle, Guillaume Ngefa est notamment revenu sur la procédure engagée contre le Rwanda devant la CIJ, mais aussi sur les conditions de détention et l’alimentation dans les établissements pénitentiaires.
Conscient que l’ensemble des difficultés de la Justice congolaise ne pouvait être résolu en une seule année, le ministre a présenté ce premier exercice comme une phase de fondation et de lancement des réformes.
La deuxième année devra désormais être celle de « l’accélération, de la consolidation et de la traduction des réformes en résultats concrets », a-t-il indiqué, avec l’ambition de bâtir une Justice plus crédible, accessible et efficace, capable de protéger les citoyens, de combattre l’impunité et de restaurer durablement la confiance dans l’État.
MKG

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