PRESSE ACTU est votre média de référence pour les actualités congolaises et internationales. Politique, économie, culture, sport et bien plus.

ACTUALITÉ

RDC : Human Rights Watch dénonce les disparitions forcées et détentions secrètes orchestrées par le CNC à Kinshasa

Depuis mars 2025, les forces de sécurité congolaises sont impliquées dans de nombreuses disparitions forcées à Kinshasa et dans ses environs, selon un rapport publié ce mercredi 11 mars par l’ONG internationale Human Rights Watch. Le gouvernement congolais aurait utilisé le Conseil national de cyberdéfense (CNC) comme mandataire pour procéder à des arrestations et détentions d’opposants politiques, pour des motifs jugés discutables.

Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC).
Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC).

Le document de Human Rights Watch recense 17 cas confirmés de disparitions au cours de l’année passée et recueille des récits crédibles de plusieurs autres. Beaucoup de victimes ont été retrouvées, souvent plusieurs mois plus tard, détenues dans les locaux du CNC, aux côtés de la Police nationale congolaise et de la Garde républicaine.

« Au cours de l’année passée, les forces de sécurité congolaises ont secrètement arrêté et détenu des personnes pour des motifs fallacieux au cœur de la capitale », déclare Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. Selon lui, ces arrestations semblent motivées par des considérations politiques ou par des soupçons de soutien au groupe armé M23, actif dans l’est de la RDC.

Entre juillet 2025 et mars 2026, l’ONG a mené des entretiens avec 34 personnes, dont neuf anciens détenus du CNC et 11 proches de détenus. Les noms n’ont pas été divulgués pour garantir leur sécurité.

Créé en 2023 par ordonnance présidentielle pour enquêter sur les cybercrimes, le CNC a rapidement étendu ses activités. Selon des reportages internationaux, l’institution s’est dotée de technologies de pointe pour mener des écoutes ciblées, notamment sur les applications de messagerie, et a procédé à des arrestations et détentions secrètes sans supervision judiciaire.

D’anciens détenus ont décrit des arrestations parfois menées au milieu de la nuit par des membres de la Garde républicaine et de la Police nationale en uniforme, ou par des fonctionnaires en civil. Plusieurs affirment avoir été transportés les yeux bandés, sans accès à un avocat ni mandat d’arrêt. Les interrogatoires ont eu lieu dans des locaux du Stade des Martyrs ou au bureau du CNC à l’Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa, avant d’être transférés vers d’autres lieux, parfois des chambres privées dans des hôtels.

Le rapport souligne que ces interrogatoires étaient rarement liés à des enquêtes sur le cybercrime. Les accusations portaient sur des liens présumés avec le M23, l’ancien président Joseph Kabila, des complots de coup d’État ou des opinions politiques d’opposition. Certains détenus rapportent que les agents leur répondaient : « La loi ne s’applique pas dans ces pièces » lorsqu’ils demandaient un avocat.

Cinq détenus ont été transférés vers les systèmes judiciaires militaire ou civil, où ils ont été mis en examen pour atteinte à la sûreté de l’État ou outrage au chef de l’État. Deux dossiers sont passés en procès, trois restent en procédure préliminaire. Huit personnes ont été libérées, tandis que trois restent détenues. Human Rights Watch estime que d’autres pourraient encore être enfermées dans des centres secrets sans accès à leurs familles ou à un avocat.

En septembre 2025, au moins 12 députés de l’opposition ont été arrêtés dans un hôtel de Kinshasa et emmenés au CNC à l’ONATRA, accusés de soutenir l’ancien président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe. Les députés ont été menés les yeux bandés et accusés de corruption, avant d’être finalement relâchés.

Le CNC a rencontré Human Rights Watch en novembre et décembre 2025, mais ses responsables sont restés vagues sur les détentions, évoquant la sécurité essentielle et le pouvoir du gouvernement de restreindre la liberté. Jean-Claude Bukasa, directeur du CNC, a affirmé en février 2026 que l’institution « ne dispose d’aucun pouvoir d’arrestation ni de détention ».

Un accès limité à un centre de détention en novembre a permis à Human Rights Watch de constater les conditions de vie apparentes de certains détenus militaires. Selon l’ONG, les arrestations et détentions du CNC violent le Code de procédure pénale de la RDC et le droit international, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Le droit international définit la disparition forcée comme la privation de liberté par des agents de l’État, suivie du refus de reconnaître la détention ou de révéler le lieu où se trouvent les personnes détenues. Human Rights Watch appelle les autorités congolaises à reconnaître immédiatement toute détention, à révéler l’emplacement des personnes disparues et à leur permettre l’accès à un avocat et à leur famille.

« Le gouvernement congolais utilise le CNC comme mandataire pour procéder à des arrestations et détentions pour des raisons de sécurité discutables et nous ne savons toujours pas combien de personnes sont encore détenues », conclut Lewis Mudge. « Les autorités doivent libérer toutes les personnes détenues à tort, enquêter sur les opérations du CNC et mettre fin à ces disparitions forcées. »


Rédaction

LA REDACTION

Commentaires (0)

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à commenter!

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *

Articles similaires