Revenant sur les relations entre Kigali et Kinshasa, James Kabarebe a affirmé que le Rwanda avait entretenu, dans un premier temps, des rapports étroits avec le président Félix Tshisekedi après son accession au pouvoir en 2018. « Lorsque Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir en 2018, le président Paul Kagame était président de l'Union africaine. Il était donc en bonne position pour soutenir le président Tshisekedi, et il l'a effectivement soutenu », a-t-il déclaré.
L'ancien ministre a notamment évoqué la présence de Paul Kagame aux funérailles d'Étienne Tshisekedi à Kinshasa ainsi que son rôle dans l'introduction du nouveau président congolais auprès de plusieurs partenaires internationaux.
« Le président Kagame a donné de bonnes recommandations partout, il l'a présenté et introduit. Les choses fonctionnaient donc très bien », a-t-il ajouté.
Selon James Kabarebe, cette période a également été marquée par un renforcement de la coopération bilatérale dans plusieurs domaines. « Il y avait beaucoup de visites à différents niveaux : défense, sécurité. Il y avait beaucoup d'allers-retours entre Kigali et Kinshasa. RwandAir a commencé à opérer à Kinshasa », a-t-il rappelé.
L'ancien responsable rwandais affirme toutefois ne pas comprendre les raisons qui ont conduit à la détérioration des relations entre les deux pays. « Nous ne savons pas d'où sont venus certains courants contraires qui ont tiré le tapis et tout renversé. Le Rwanda n'a joué aucun rôle dans le déclenchement de ce conflit avec la RDC », a soutenu James Kabarebe.
Pour expliquer les tensions actuelles, le général à la retraite a pointé l'insécurité persistante dans l'est de la RDC. Il a notamment évoqué la présence des Forces démocratiques alliées (ADF) ainsi que de groupes qu'il associe aux auteurs du génocide de 1994, estimant que ces mouvements continuent d'opérer dans les zones frontalières congolaises.
« La présence des Forces démocratiques alliées et des éléments liés au génocide qui ont franchi la frontière et opèrent le long du flanc occidental près de la frontière constitue l'une des principales préoccupations », a-t-il expliqué.
James Kabarebe a également affirmé que les violences qui ont suivi le génocide de 1994 auraient provoqué de nouveaux déplacements de populations tutsies vers le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda.
Sur le plan politique, il estime que la crise actuelle dépasse désormais les seules considérations ethniques.
« Le problème majeur aujourd'hui n'est pas seulement la question ethnique, mais la manière dont certains mouvements ont politiquement instrumentalisé cette question pour gagner le soutien d'une partie de la population congolaise, en accusant le Rwanda de tous leurs maux », a-t-il déclaré.
L'ancien chef militaire a également mis en avant les transformations engagées par Kigali depuis le début des années 2000, qu'il présente comme le résultat d'un vaste effort de reconstruction nationale.
« Depuis 2004, et surtout après 2009, le Rwanda s'est engagé dans une vaste reconstruction des institutions et dans des politiques économiques inclusives impliquant le gouvernement et la population. Après environ trente ans de ce travail, des progrès notables ont été enregistrés », a affirmé James Kabarebe.
Abordant plus largement les relations du Rwanda avec ses voisins, il a assuré que les rapports avec l'Ouganda, le Burundi et la Tanzanie demeurent globalement stables malgré certaines tensions ponctuelles.
« Les relations avec l'Ouganda, le Burundi et la Tanzanie restent globalement stables malgré des tensions ponctuelles. Nos liens historiques facilitent la résolution des différends », a-t-il déclaré.
Selon lui, les difficultés observées avec certains pays de la région trouvent principalement leur origine dans l'instabilité persistante de l'est de la RDC.
« Avec l'Ouganda, il n'y a rien de fondamentalement difficile entre nous, et même avec le Burundi les problèmes ont été surmontés ; les récents incidents proviennent en grande partie de nos problèmes internes », a-t-il affirmé.
Ces déclarations interviennent alors que les relations entre Kinshasa et Kigali demeurent particulièrement tendues. Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir l'Alliance Fleuve Congo/M23, une accusation que Kigali continue de rejeter. Les propos de James Kabarebe s'inscrivent ainsi dans la ligne de défense des autorités rwandaises face aux accusations formulées par la République démocratique du Congo (RDC) sur la scène régionale et internationale.
MKG

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