L’avenir de « Sauvons la RDC » s’assombrit-il ? Lancée à Nairobi en octobre 2025 sous l’impulsion de l’ancien président Joseph Kabila, cette plateforme d’opposition se retrouve confrontée à une question délicate depuis l’annonce de la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN). Certains de ses membres commencent déjà à prendre leurs distances, alors que d’autres n’ont pas encore clarifié leur position.
Annoncé à Goma, le nouveau mouvement est dirigé par Joseph Kabila, aux côtés de Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga, figures majeures de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du M23. Cette recomposition pourrait bouleverser les équilibres au sein de « Sauvons la RDC », qui rassemble des personnalités politiques, des militants pro-démocratie et des défenseurs des droits humains.
À sa création, la plateforme ambitionnait de fédérer les différentes sensibilités de l’opposition congolaise autour de la défense de la Constitution, des libertés fondamentales et de la restauration de l’État de droit. Plusieurs acteurs de la société civile avaient rejoint cette initiative, malgré les controverses liées au bilan de l’ancien chef de l’État.
Mais l’évolution de Joseph Kabila vers la direction d’un mouvement politico-militaire place désormais ces membres devant un choix : poursuivre leur engagement au sein d’une plateforme associée à cette nouvelle dynamique ou préserver leur indépendance et leur attachement à une lutte exclusivement pacifique.
« Je prends mes distances avec le mouvement »
Parmi les premières réactions, celle de Serges Mayamba, activiste et défenseur des droits humains au Nord-Kivu, illustre les interrogations qui traversent une partie de la plateforme. Il a annoncé sa volonté de s’en démarquer afin de rester fidèle à ses convictions.
« Je suis un activiste et défenseur des droits humains ayant choisi la lutte non violente. Avec la transformation de l’AFC/M23 en FRN, je prends mes distances avec le mouvement “Sauvons la RDC” et je reste activiste », a-t-il déclaré.
Cette prise de position met en lumière une difficulté majeure pour la coalition : concilier des trajectoires politiques et des convictions parfois différentes. Si certains de ses membres se sont rapprochés de Joseph Kabila pour faire front contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, tous ne sont pas nécessairement prêts à suivre l’ancien président dans une nouvelle aventure politico-militaire.
L’enjeu dépasse donc les divergences habituelles entre opposants. Il touche à la nature même de leur engagement. Soutenir une plateforme politique qui revendique la défense des libertés démocratiques ne revient pas nécessairement à adhérer à une organisation associée à une confrontation armée.
Trois options pour les membres de la plateforme
Face à cette nouvelle donne, plusieurs scénarios se dessinent pour « Sauvons la RDC ».
Une première partie de ses membres pourrait choisir de suivre Joseph Kabila, estimant que leurs objectifs politiques demeurent inchangés malgré la création du FRN. D’autres pourraient préférer rester au sein de la plateforme, à condition qu’elle conserve son autonomie et son orientation pacifique.
Enfin, certains militants, à l’image de Serges Mayamba, pourraient prendre leurs distances pour poursuivre leur combat citoyen en dehors de toute structure susceptible d’être associée à une lutte armée.
Pour l’heure, ces différentes possibilités restent ouvertes. Aucune décision collective de dissolution, de fusion ou de transformation de « Sauvons la RDC » n’a été annoncée.
Joseph Kabila face au risque de divisions
La situation constitue également un défi pour Joseph Kabila. Avec « Sauvons la RDC », l’ancien président était parvenu à réunir des acteurs aux parcours différents, unis par leur opposition à la gouvernance de Félix Tshisekedi, mais qui ne partageaient pas nécessairement les mêmes positions sur son bilan politique.
La création du FRN pourrait remettre en question cet équilibre. Si certains partenaires acceptent de s’inscrire dans cette nouvelle dynamique, d’autres pourraient considérer qu’un rapprochement avec une structure politico-militaire est incompatible avec leurs convictions démocratiques et leur engagement citoyen.
La capacité de « Sauvons la RDC » à survivre à cette recomposition dépendra notamment des choix de ses responsables, de la position de ses différentes composantes et de sa volonté de maintenir une ligne politique autonome.
Pour les défenseurs des droits humains qui avaient rejoint la coalition, la question est désormais plus large que leur opposition au pouvoir de Félix Tshisekedi. Elle concerne les méthodes de lutte, l’indépendance de la société civile et la place des militants citoyens dans une crise politique marquée par la persistance des violences dans l’est de la République démocratique du Congo.
Reste à savoir si « Sauvons la RDC » parviendra à préserver son unité ou si la création du FRN accélérera le départ de membres qui refusent de voir leur engagement citoyen associé à une dynamique politico-militaire.
Rédaction

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