Dans une déclaration faite lors de son passage au Top Congo FM à Kinshasa, le secrétaire général de l’ECIDé, Devos Kitoko, a dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation des moyens de l’État à des fins politiques. Le responsable du parti exige notamment que le gouvernement précise l’origine des financements consacrés aux activités de sensibilisation menées dans plusieurs provinces du pays.
« Ils dépensent l’argent de l’État pour faire campagne. Si ce sont des fonds publics, qu’ils nous disent dans quelle ligne budgétaire ces fonds ont été votés », a déclaré Devos Kitoko, mettant en cause la transparence des dépenses engagées autour du projet de révision constitutionnelle.
L’ECIDé cite particulièrement la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Kutino, présentée comme l’une des figures de proue de cette campagne. Le parti estime que toute dépense publique affectée à la promotion d’une réforme constitutionnelle doit être clairement justifiée et conforme aux règles de gestion des finances publiques ainsi qu’aux procédures budgétaires en vigueur.
Une campagne portée par la jeunesse
Ces critiques interviennent alors que la ministre Grâce Kutino a récemment affiché le soutien d’une partie de la jeunesse congolaise au projet de révision constitutionnelle défendu par la majorité présidentielle. Cette position a été exprimée à l’issue de la campagne baptisée « Oui, je le veux », organisée à travers le pays.
Selon la ministre, cette initiative a reposé sur des consultations menées dans les 26 provinces de la République démocratique du Congo. Les échanges ont associé le Conseil national de la jeunesse, les conseils provinciaux de la jeunesse, diverses plateformes de jeunes ainsi que des représentants de la diaspora congolaise.
Les consultations ont également impliqué des organisations de la société civile, des confessions religieuses, des acteurs politiques, des étudiants, des entrepreneurs, des artistes, des sportifs et des humoristes. « De cette vaste consultation est né le cahier des charges de la jeunesse congolaise. C’est ce cahier des charges que je remettrai en votre nom au Président de la République », a déclaré Grâce Kutino.
Plaidoyer pour une meilleure représentation des jeunes
Pour défendre la nécessité d’une réforme constitutionnelle, la ministre met en avant le poids démographique de la jeunesse congolaise. Elle rappelle que les jeunes représentent près de 66,8 % de la population, mais n’occupent qu’environ 10 % des postes de responsabilité au sein des institutions publiques.
Selon elle, cette sous-représentation contraste avec leur contribution à l’économie nationale. Plus de 70 % des jeunes actifs évolueraient dans le secteur privé et informel, participant à plus de 40 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que la diaspora congolaise injecterait chaque année près de deux milliards de dollars dans l’économie du pays.
« Nous ne sommes pas seulement l’avenir, nous sommes déjà le présent », a-t-elle affirmé, estimant que la Constitution actuelle ne garantit pas une participation suffisante des jeunes à la gestion des affaires publiques.
Grâce Kutino considère notamment que l’article 40 de la Constitution, qui consacre le devoir de l’État de protéger la jeunesse, constitue une avancée importante mais demeure insuffisant. « La jeunesse congolaise ne demande plus seulement à être protégée. Elle demande à être associée, responsabilisée et pleinement intégrée dans la conduite des affaires publiques », a-t-elle soutenu.
La ministre établit également un parallèle avec l’article 14 de la Constitution relatif à la promotion des droits de la femme, dont l’application a conduit à l’adoption de la loi sur la parité. À ses yeux, une démarche similaire pourrait permettre de renforcer la présence des jeunes dans les institutions publiques, les assemblées délibérantes, l’administration ainsi que dans les entreprises publiques et privées.
Dans ce contexte, la question de la révision constitutionnelle continue de diviser la scène politique congolaise, entre ceux qui y voient un instrument de modernisation institutionnelle et ceux qui redoutent une initiative portée par des considérations politiques plus que par l’intérêt général.
MKG

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