Selon des informations publiées le 31 mars par The Wall Street Journal et relayées par Le Monde, l’entreprise américaine Virtus Minerals a finalisé l’acquisition des actifs de la société congolaise Chemaf. L’opération concerne notamment les mines d’Etoile et de Mutoshi, situées dans la province du Haut-Katanga, au sud du pays. À elles seules, ces exploitations représentent environ 5 % de la production mondiale de cobalt, un minerai clé pour l’industrie des batteries.
Convoitée depuis sa mise en vente en 2023 par plusieurs groupes chinois, Chemaf a finalement été reprise par cette jeune entreprise américaine fondée en 2022. Pour mener à bien cette opération, Virtus Minerals s’est engagée à investir près de 700 millions de dollars, avec le soutien du groupe indien Lloyds Metals and Energy, en tant que partenaire opérationnel, et du fonds d’investissement new-yorkais Orion.
Cette prise de contrôle s’inscrit dans une stratégie plus large de Washington visant à sécuriser l’approvisionnement en minerais critiques. Elle prolonge une offensive amorcée le 4 décembre 2025, à la faveur de la signature de l’accord de paix de Washington. Conclu sous l’égide de l’administration Trump entre la RDC et le Rwanda, cet accord visait officiellement à mettre un terme aux violences dans l’est du pays, notamment face aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), accusés d’être soutenus par Kigali.
Au-delà de ses objectifs sécuritaires, cet accord a ouvert la voie à un accès renforcé des entreprises américaines aux ressources minières congolaises. Premier producteur mondial de cobalt et deuxième producteur de cuivre, la RDC occupe une place centrale dans les chaînes d’approvisionnement des technologies vertes.
Dans ce contexte, Washington cherche à réduire sa dépendance aux filières dominées par Pékin. Plutôt que d’investir directement dans l’exploitation, les États-Unis privilégient des instruments financiers et commerciaux, notamment des contrats dits « offtake », qui permettent de sécuriser une part de la production en échange de financements ou d’un appui technique, sans prise de contrôle directe des sites.
Cette stratégie se reflète également dans les partenariats noués avec la Gécamines. Le cas du complexe minier de Tenke Fungurume, contrôlé par le groupe chinois CMOC, illustre cette recomposition en cours : à l’issue de récentes renégociations, la Gécamines a obtenu des droits accrus de commercialisation, ouvrant la voie à une diversification des débouchés, y compris vers des acheteurs américains, dans un secteur historiquement orienté vers la Chine.
Parallèlement, Kinshasa entend élargir ses ambitions à d’autres minerais stratégiques, comme le germanium, avec l’objectif de renforcer la transformation locale et la création de valeur ajoutée.
Malgré ces avancées américaines, la Chine demeure solidement implantée en RDC, où elle contrôle plusieurs mégaprojets miniers ainsi qu’une part importante des capacités de raffinage. Le pays se retrouve ainsi au centre d’un bras de fer géoéconomique majeur entre les deux premières puissances mondiales.
Pour les autorités congolaises, cette rivalité constitue à la fois une opportunité et un défi. Elle offre de nouvelles marges de manœuvre diplomatiques et économiques, tout en imposant une gestion fine des équilibres. Dans cette nouvelle « guerre des minerais », la RDC n’est plus un simple fournisseur : elle s’affirme comme un pivot stratégique à l’échelle mondiale.
Gloire MALUMBA.K

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