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Rwanda et Russie : les coulisses d’une influence hybride entre diplomatie et désinformation

Une enquête publiée depuis le 20 février 2026 par l’organisation de journalisme d’investigation Forbidden Stories révèle une reconfiguration profonde des réseaux d’influence russes à l’étranger. Selon les auteurs, ces dispositifs sont désormais placés sous la supervision directe du Service des renseignements extérieurs russe (SVR), marquant une reprise en main étatique d’un appareil longtemps opéré dans les marges.

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L’héritage de Wagner toujours actif


Au cœur de ce système se trouve l’héritage d’Evgueni Prigojine, ancien patron du Groupe Wagner, décédé en août 2023. Loin d’avoir disparu avec lui, l’appareil politico-informationnel associé à Wagner aurait été restructuré et intégré à une stratégie plus large de projection d’influence de Moscou.

Les documents consultés montrent que ces réseaux ne se limitent plus aux déploiements paramilitaires. Ils combinent désormais opérations d’influence, campagnes de désinformation et stratégies de pénétration politique. Le modèle repose sur plusieurs leviers : analyses sociopolitiques des pays ciblés, cartographie des élites et des médias, recrutement de relais locaux (y compris dans les sphères journalistiques), campagnes numériques via de faux comptes et appui à des acteurs politiques favorables aux intérêts russes.

L’objectif : éroder l’influence occidentale dans des zones stratégiques, riches en ressources naturelles ou situées le long de corridors commerciaux sensibles, comme celui de Lobito, reliant l’Atlantique aux régions minières d’Afrique centrale.

Le Rwanda, un point stratégique


Dans ce nouvel échiquier, le Rwanda occupe une position singulière. Le pays est à la fois un allié stratégique des États-Unis et du Royaume-Uni, un contributeur majeur aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, et un acteur militaire engagé au Mozambique et en République centrafricaine. Il est également accusé par Kinshasa d’ingérence dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

L’enquête évoque Kigali comme une possible plateforme de recrutement d’agents chargés de collecter des informations, notamment en lien avec le Soudan. Aucune preuve publique n’établit toutefois l’implication officielle des autorités rwandaises, mais cette mention alimente les interrogations sur l’environnement informationnel et sécuritaire de la région.

Pour les analystes, la superposition d’alliances occidentales, d’autonomie stratégique régionale et d’ouverture diplomatique pragmatique crée une véritable zone grise géopolitique. Le Rwanda entretient des relations avec Moscou tout en restant un partenaire sécuritaire clé pour plusieurs capitales occidentales.

Des alliances qui se chevauchent


Le contraste est frappant. D’un côté, le Rwanda fournit des troupes pour les missions de l’ONU. De l’autre, la Russie, via les structures héritées de Wagner, renforce sa présence dans des pays comme le Mali, la Libye ou la République centrafricaine, parfois sur des terrains où des opérations onusiennes sont également déployées.

Ce chevauchement alimente une tension entre un ordre multilatéral fondé sur les règles internationales et des stratégies hybrides : désinformation, appui paramilitaire, diplomatie parallèle. La région devient ainsi un laboratoire des nouvelles formes de confrontation internationale : guerre informationnelle, instrumentalisation des clivages communautaires, concurrence pour l’accès aux minerais stratégiques et diplomatie sécuritaire concurrente.

Riche en cobalt, cuivre et coltan, la RDC constitue l’un des épicentres de cette rivalité. Toute recomposition des alliances impliquant le Rwanda et les réseaux d’influence extérieurs pourrait affecter durablement l’équilibre sécuritaire dans le Kivu.

L’Afrique centrale, nouveau nœud stratégique


L’héritage du système bâti par Prigojine illustre une évolution stratégique plus large : la Russie ne cherche plus seulement des contrats militaires ou miniers, mais une influence durable sur les récits, les élites et les perceptions publiques.
Dans cette compétition entre Moscou et les capitales occidentales, l’Afrique centrale n’apparaît plus comme une périphérie géopolitique, mais comme un nœud stratégique. Par son positionnement transversal – sécuritaire, diplomatique et régional – le Rwanda se retrouve au cœur de cette équation complexe.

À mesure que les conflits se déplacent du champ de bataille vers les sphères informationnelles et institutionnelles, la stabilité régionale dépendra autant des dynamiques militaires que de la capacité des États à naviguer dans un environnement d’alliances mouvantes et de pressions croisées.


MKG

LA REDACTION

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