Cette stratégie intervient alors que la croissance rapide de la population urbaine accentue la pression sur le logement, les infrastructures et les services essentiels. Chaque année, plus d’un million de personnes supplémentaires rejoignent les villes congolaises. Selon les données présentées par Alexis Gisaro Muvunyi, le pays accuse un déficit de quatre millions de logements, tandis que 82 % des ménages vivent sans titre foncier. L’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure également limité, avec des taux respectifs de 52 % et de 45 %.
Face à ces besoins, le gouvernement entend faire de l’urbanisation un levier de développement économique, social et environnemental. Une journée de concertation et de structuration des partenariats a ainsi été organisée au ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat. Elle a réuni des entreprises spécialisées, des bureaux d’études congolais, des institutions financières, des ministères sectoriels ainsi que l’ambassadeur de la RDC en France.
L’objectif était de préciser les contributions des différents partenaires et de définir les bases techniques et financières nécessaires à la réalisation du programme. Pour le ministre d’État, la croissance urbaine ne doit pas être considérée comme une fatalité, mais comme une occasion de transformation structurelle. Une ambition qui suppose une planification rigoureuse et des mécanismes de financement adaptés à l’ampleur des besoins.
Un budget réparti entre logement, transport et infrastructures
Sur les 16,5 milliards de dollars annoncés, 6,4 milliards sont destinés aux projets SOSAK et PDTK à Kinshasa, notamment dans les domaines de l’assainissement, du transport rapide par bus (BRT) et du rail urbain. Le développement des villes secondaires et des corridors économiques stratégiques, dont Lobito, Inga-Banana et le corridor de la Paix, devrait bénéficier de quatre milliards de dollars.
Le programme prévoit également trois milliards de dollars pour les grandes agglomérations, notamment Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani et Goma. Une enveloppe de 2,3 milliards est consacrée au logement et au déploiement de la future Banque de l’Habitat, tandis que 750 millions de dollars doivent financer la résilience urbaine et la lutte contre les érosions. La gouvernance, la planification et le suivi-évaluation du programme devraient, pour leur part, bénéficier de 6,9 millions de dollars.
À l’horizon 2035, le gouvernement ambitionne de financer des logements décents pour 500 000 ménages, d’adopter 26 plans directeurs d’urbanisme et de constituer 62 000 hectares de réserves foncières. Il prévoit également de porter à 80 % le taux d’accès urbain à l’eau potable et à 75 % celui à l’électricité, ainsi que de mettre en service cinq villes intelligentes.
La réalisation de ces objectifs dépendra notamment de la capacité des autorités à coordonner les projets, à faciliter les procédures administratives et à mobiliser les ressources nécessaires.
Des structures pour coordonner les projets
Pour assurer la mise en œuvre du plan, le gouvernement prévoit de s’appuyer sur plusieurs structures chargées de coordonner les investissements, de faciliter leur financement et d’améliorer la gestion des projets d’urbanisme.
La Cellule de coordination et de promotion des projets d’urbanisme (CPU) sera chargée de piloter la stratégie, d’assurer le suivi-évaluation et de servir d’interface avec les bailleurs de fonds.
Le Guichet unique de délivrance des permis de construire (GUPEC), dont la digitalisation est envisagée, devra contribuer à la dématérialisation des procédures, à l’amélioration de la régulation administrative et à la mobilisation des recettes liées à l’urbanisme.
La future Banque de l’Habitat, issue de la transformation du Fonds national de l’habitat (FONHAB), est appelée à mobiliser l’épargne, à garantir les crédits immobiliers et à assurer leur refinancement. De son côté, l’ACOPRIM devrait prendre en charge la maîtrise d’ouvrage publique et l’encadrement technique de l’autoconstruction.
Le dispositif prévoit également le recours à la captation de la valeur foncière autour des grandes infrastructures, des zones économiques spéciales et des corridors de transport. Ce mécanisme doit permettre de dégager des ressources supplémentaires pour financer de nouveaux aménagements et favoriser les partenariats avec les investisseurs privés.
Le secteur privé sollicité pour compléter les financements publics
L’ampleur des investissements envisagés conduit le gouvernement à rechercher des financements au-delà des ressources du Trésor public. Alexis Gisaro Muvunyi entend ainsi s’appuyer sur un partenariat structuré avec le secteur privé, avec l’accompagnement de son mandataire, Carousel Finance.
Le modèle de financement présenté repose sur deux mécanismes complémentaires. Le premier concerne le logement et le financement bancaire. Il prévoit notamment le recours à l’autoconstruction encadrée, aux lignes de crédit des bailleurs de fonds et à la parafiscalité sur les matériaux de construction.
Le second volet porte sur les infrastructures et l’urbanisme. Il combine des partenariats public-privé évalués à six milliards de dollars, des financements des bailleurs de fonds à hauteur de 5,6 milliards, une contribution de deux milliards de dollars du Trésor public et 1,36 milliard provenant des taxes d’urbanisme.
Pour accélérer la réalisation des infrastructures tout en limitant la pression sur les finances publiques, le gouvernement envisage également des mécanismes concessionnels et des contrats de type BOT, fondés sur la construction, l’exploitation et le transfert des ouvrages.
La concrétisation de ces ambitions dépendra toutefois de la capacité des autorités à structurer les projets, à convaincre les investisseurs et à réunir les financements annoncés.
Neuf villes pilotes pour préparer les investissements
Avant le lancement des projets, le ministère mise sur des études techniques, économiques et financières destinées à préciser les besoins et à évaluer la viabilité des investissements. Alexis Gisaro Muvunyi a insisté sur la nécessité de disposer de données fiables, de plans directeurs, d’outils numériques de planification et d’analyses financières solides.
Neuf villes ont été retenues pour cette première phase : Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Mbuji-Mayi, Kolwezi, Kananga, Tshikapa, Likasi et Matadi.
Plusieurs entreprises et cabinets spécialisés ont été mobilisés pour apporter leur expertise dans des domaines tels que l’aménagement urbain, la topographie, les données géospatiales, l’ingénierie, l’audit et le conseil juridique. Parmi eux figurent notamment Sidara, Setec, OC Global, Buro Happold, IGN FI, Hexagon/Leica, Siemens, Deloitte, KPMG, DLA Piper, Bureau Veritas et Kasqal.
Les études devront permettre de délimiter les zones d’intervention, de hiérarchiser les infrastructures prioritaires, d’évaluer les besoins en logements et en services essentiels, puis de déterminer les montages financiers les plus adaptés. Pour le ministre d’État, la fiabilité des données constitue un préalable indispensable à la mobilisation de financements d’envergure et à la réussite des projets.
À l’issue de la journée de concertation, des réunions techniques consacrées à la planification urbaine, à la topographie, aux données géospatiales, au financement bancaire et à la structuration juridique doivent permettre de préciser les engagements de chaque partenaire et de préparer les protocoles d’accord.
Reste désormais à traduire les ambitions du Plan décennal en réalisations concrètes. À l’horizon 2035, la réussite de ce programme se mesurera non seulement à la capacité du gouvernement à mobiliser les 16,5 milliards de dollars annoncés, mais aussi à ses effets sur les conditions de vie des populations. Dans un pays où la croissance urbaine accentue les besoins en logements et en infrastructures, l’enjeu sera de transformer les engagements financiers en services essentiels et en aménagements durables.
Labora

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